jeudi 19 janvier 2012

Facebook, fin et suite

Ils nous feront devenir chèvre. C'est le deuxième billet sur le même sujet en moins de quinze jours, quatrième sur plus de 240 depuis la naissance de ce blog (1). La vaine croisade anti-Facebook, perdue d'avance, tournerait à l'aigreur monomaniaque ? Bah...pas de quoi en faire un billet ? Mais ? Je suis chez moi !  Et je reviens répéter avec du biscuit que les évolutions en cours m'inquiètent, au fil des papiers que je lis. Ce qui est inquiétant, c'est d'observer l'évolution des menaces liberticides qui pèsent des deux côtés de l'Atlantique sur la neutralité du Net (2), et simultanément, le développement d'un gigantesque cyberconglomérat d'intérêts privés déguisé en réseau d'amis. Après, à vous de voir.

"Bientôt ils pourront même savoir quand les connectés vont aux toilettes!"
(une lectrice du Figaro)

Bien vu, madâme ! Les boutons «s'abonner», «écouter», «lire», «regarder», «jouer», «cuisiner» vont s'ajouter au bouton «j'aime» («like») bien connu, et ce n'est qu'un début. Au moins leur stratégie s'éclaire. Dès cette année leur pub accompagnera tes moindres faits et gestes petit scarabée, ta timeline est le scriptboard de leurs spots publicitaires. Après s'être soumis les centaines de milliers de sites et de blogs qui ont servi docilement son extension en répandant ce fichu mouchard, FB appâte les développeurs et s'allie aux grandes plate-formes de diffusion de contenus. 

Les premiers pourront créer des boutons en lien avec les applications qu'ils proposent. L'enjeu est de prendre pied sur un marché -la distribution d'applications- dominé par Androïd (Google) et surtout par Apple (App Store).

Les seconds sauront tout de toi à chaque étape de ta petite vie (sur un repère orthonormé baptisé Timeline pour faire moins peur), et à tous moments de la journée, puisque tu es connecté à tous moments de la journée. L'éditeur de jeux associé Zynga se porte bien, merci. Spotify, Deezer, Dailymotion sont déjà dans la place, sur le plus grand hypermarché virtuel au monde (+ de 800 millions de pékins) ouvert 24h/24.
La plupart des articles passés en revue y insistent: la richesse des informations ainsi collectées tendra «potentiellement vers l'infini».

1 FaceBook Credit = 0,10 $ US

Ce n'est pas fini. Depuis le 1er juillet 2011, l' Empire bat sa propre monnaie : les Facebook Credits. Le monde est son terrain de jeu. Vous avez cliqué sur «jouer» ? Naturellement " tout éditeur de jeu ou de services sur Facebook doit proposer la monnaie du site ", un truc moitié monnaie de singe, moitié porte-monnaie électronique alimenté en bonnes vraies devises. Passons sur les détails techniques.
FB prélève sa petite commission au passage : 30% du montant des transactions.  Au final, tout va y passer : 
« Cela concerne le jeu, mais aussi les médias comme Warner Bros, la musique, la vidéo, la billetterie. Cela va assurer la liquidité de la monnaie sur tous les services», (Julien Codorniou, directeur des partenariats de Facebook France). 

Une fois que toutes les libertés publiques seront éteintes, il nous restera la liberté du consommateur. Facebook s'y fera très bien. Alors pourquoi s'en faire ?

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(1) Fin 2007. Pour lire les épisodes précédents cliquer sur l'occurence Facebook dans les libellés ci contre. 
(2) Projets de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect Ip Act) aux USA, DADVSI, HADOPI, LOPSI1 et LOPSI 2 en France. L'affaire Wikileaks, la fermeture de Megaupload par les autorités américaines, les poursuites exercées contre les dirigeants de ces sites, et pour les derniers, les peines criminelles encourues extrêmement lourdes (20 ans de prison !!) sont des exemples éloquents.
[EDIT 21/01/12] :
" Les plus grosses sociétés de l’internet (y compris Google, Facebook, Twitter et d’autres) s’opposent à la SOPA et au PIPA  parce qu’elles changent les règles de responsabilité dans l’infraction liée au copyright. Depuis le Digital Millenium Copyright Act de 1998, les entreprises sont protégées contre les accusations de “complicité de contrefaçon” sur les contenus téléchargés par les utilisateurs, tant que l’entreprise suit une procédure consistant à retirer les contenus illicites identifiés lors d’un process d’alerte et de suivi. La SOPA modifie considérablement ce système, et les société internet craignent que sans protection contre une procédure d’infraction, les sites de contenus générés par les utilisateurs comme Youtube ou Twitter ne puissent plus exister."  InternetActu du 18/01/12 - L' article complet ici.

Facebook n’a pas participé au black-out organisé mercredi 18 janvier par plusieurs sites américains (dont la version anglaise de Wikipedia) pour protester contre le projet de loi américain SOPA (Stop Online Piracy Act). Son P-DG Mark Zuckerberg s'est fendu à la dernière minute d'un billet mollement "critique" sur son profil. Oh, pas de quoi fouetter un actionnaire. Ironique, 01net.com précise en début d'article que  « 468 314 personnes ont aimé ça ». Et annonce que Facebook prépare sa valorisation en Bourse... 100 milliards de dollars levés sur les marchés au printemps 2012. Une nouvelle dont 468.314 ravis se fichent comme d'une guigne.


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